Actualités
Internet mobile
18/12/2014

Tendance technologique : L’internet mobile en Europe - une (r)évolution qui n’en n’est qu’à ses débuts

Après l’ère de l’internet, l’internet mobile est la seconde révolution technologique. En moins de 10 ans, l’internet mobile, a foncièrement changé le rapport des individus, des entreprises, de la société dans sa globalité, à l’information et à la consommation. Elle touche donc chacune des strates de la société, depuis les enfants jusqu’aux séniors, depuis l’individu en tant que tel jusqu’à l’économie mondiale.

 

L’internet mobile en quelques chiffres

Les données sont issues d’une étude du BCG en liaison avec Google (The Mobile Internet Economy in Europe, december 2014)  portant sur 13 pays avec un focus sur les 5 grands pays de l’Europe que sont la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Italie et l’Espagne.

- en 2013, en Europe, l’internet mobile a généré environ 90 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec une perspective de multiplier ce CA par 2.5 en 2017 pour atteindre près de 230 milliards d’euros. En 2017, le BCG estime que « les recettes de l'Internet mobile auront atteint € 1,16 trillions ($ 1,55 trillions) dans les 13 pays étudiés, une augmentation annuelle de 23% » ;

- 7 milliards d’abonnements mobile dont 530 millions en Europe soit 1.33 pour chaque personne ;

- les applications mobiles représentent depuis 2008, 200 milliards de téléchargements dont 100 milliards en 2013 et 20 milliards en Europe ;

- les opérateurs de contenus ont versés plus de 15 milliards de dollars aux développeurs entre juin 2013 et juillet 2014, montant en hausse de 76% à partir de 2012.

 

Internet mobile : un secteur où la concurrence fait rage

L’âpre concurrence sur ce secteur a déclenché une inflation du nombre d’applications et par conséquence du CA associé.

Cette concurrence touche toutes les couches de l’internet mobile, depuis le matériel (téléphones mobiles, tablettes), les opérateurs (proposition de services), les opérateurs de contenu, les systèmes d’exploitation…

Les conséquences de cette concurrence sont multiples :

- sur les investissements : les acteurs du secteur ont investi massivement sur la Recherche et le Développement, sur les infrastructures ;

- sur les acteurs du secteur : une myriade de sociétés interagissent afin de proposer des services et des applicatifs ce qui a permis non seulement le développement des acteurs majeurs mais la création de nombreuses startups et le développement de l’entrepreneuriat (notamment chez les développeurs d’applications) ;

-  sur les innovations : les consommateurs sont friands d’application et de fonctionnalités intelligentes. Les entreprises font preuve de créativité afin de proposer de nouveaux services par le biais de l’internet mobile.

 

Les facteurs de ce développement de l’internet mobile

Ils sont nombreux et pour en citer quelques-uns : un meilleur accès, des fonctionnalités de plus en plus évoluées proposées par ces applications, le taux d’équipement, et la chute des prix.

Le taux d’équipement des individus s’est largement accru : 7 milliards d’abonnements dans le monde dont 530 millions en Europe de l’Ouest, soit un taux d’équipement de 1.33 par personne.

Le taux de pénétration s’accroit en même temps que les coûts diminuent : « le coût mensuel d'un abonnement haut débit mobile 5 Go est de 18 € au Royaume-Uni, € 19 en France, € 23 en Allemagne, € 9 en Italie, et € 39 en Espagne - comparé à l'équivalent de € 42 aux États-Unis ».

La rapidité des connexions est également un des facteurs de développement : l'Europe a été un des premiers à adopter les connexions de données plus rapides. 90 % de la population est actuellement couvert par les connexions 3G, les appareils 3G représentent plus de la moitié de tous les appareils, et l'UE a le plus grand nombre de cartes SIM 3G par habitant à l'échelle mondiale.

 

L'écosystème de l'Internet mobile

Les entreprises qui constituent l’écosystème de l’internet mobile sont très nombreuses et très hétérogènes.

En effet, on peut y trouver des multinationales, employant plusieurs milliers de personnes et générant de milliards d’euros de CA tels que les fournisseurs Télécom, les fabricants d’appareils, les sociétés de logiciels, etc. Beaucoup de ces entreprises n’ont pas une seule activité mais plusieurs et s’organisent afin de couvrir plusieurs strates de cet écosystème (ex : Apple, Amazon, Google, etc.).

En parallèle (et souvent en interdépendance), on va y trouver des structures plus petites voir jusqu’à un développeur entrepreneur, qui seul va proposer des applications.

Toutes ces entreprises coexistent et conconstruisent l’internet mobile, les uns dépendants des autres et vice-versa.

 

 

« L'économie et la nature de la concurrence varient considérablement au sein des couches » de l’écosystème.  « Le marché des applications, par exemple, est de portée internationale, mais une partie importante comprend des applications qui sont entièrement de nature locale (pour des raisons telles que la langue et la culture) ».

 

Le bémol en Europe : les infrastructures mobiles

La crise que traversent les opérateurs télécom en France est une évidence et les PSE se succèdent. La très forte pression sur les tarifs a amené de la destruction de valeur et les opérateurs ne peuvent investir dans les infrastructures. Le revenu moyen par utilisateur dans l'UE a chuté de plus de 5% au cours des six dernières années. Ainsi, les investissements sur les équipements ont chuté selon le BCG de près des deux tiers depuis 2004.

Ce qui est vrai en France, l’est plus largement en Europe. Les dépenses sont moitié moindres que celles engagées aux USA et au Japon. Le coût des infrastructures étant important, les entreprises peuvent plus investir sur la 4G, les retours sur investissement étant plus longs et plus aléatoires.

La conséquence est qu’en Europe, les connexions 4G ne représentent que 3% du total contre 25% aux USA. 

Ce gel des investissements a une incidence directe sur les temps de connexions qui sont plus lents en Europe que dans d’autres pays. Selon cette étude, la vitesse de connexion moyenne mobile en Europe occidentale était de 1,5 mégabit par seconde (Mbps) en 2012, comparativement à 14,7 Mbps en Corée du Sud, 10,7 Mbps au Japon, et 2,6 Mbps en Amérique du Nord. Ces écarts de vitesse de connexions devraient se creuser en Europe occidentale et atteindra 7,0 Mbps en 2017, soit la moitié de la vitesse de l'Amérique du Nord 14,4 Mbps.

 

Les consommateurs gagnants de cette compétition 

- Le prix moyen des Smartphones a chuté de 25% dans le monde entier entre 2011 et 2013. Cette baisse devrait se poursuivre avec une estimation de -19% en 2017 pour le monde entier. En Europe, le prix de vente moyen devrait chuter encore plus rapidement avec une estimation à +38% en 2017.  - Le coût de l’abonnement a diminué très fortement en Europe, et ce plus rapidement qu’aux USA.

- Le nombre d’applications mis à disposition des consommateurs a explosé. On s’approche de plus en plus d’un service sur mesure et les opérateurs de contenus cherchent à toucher tous les segments et sous-segments de consommateurs.

- En période de crise, les consommateurs sont particulièrement vigilants sur leurs dépenses. Il est désormais possible de comparer les offres et les services et de « shopper » intelligemment.

- Ce sont les consommateurs qui désormais dictent les offres et plus les entreprises. Leurs demandes en termes d’’internet mobile a amené des grands chantiers de transformation dans des entreprises traditionnelle. La priorité n’est plus aujourd’hui le développement de leur site web institutionnel mais bien la proposition de solutions mobiles aux clients. L’intérêt qu’ont trouvé les entreprises est une meilleure gestion de la relation client et une proximité permettant un retour d’expérience, une diminution de leurs coûts, et de nouveaux marchés que jusqu’alors elles ne pouvaient atteindre.

 

Impact sur l’emploi

Qui dit impact économique, dit impact social et impact sur l’emploi : l’internet mobile est un moteur de croissance de l’emploi.

Dans le monde, il représente environ un demi-million de postes dont près de la moitié sont localisés en les 5 pays de l’UE.

Ce développement économique de l’internet mobile est générateur de postes, lesquels sont souvent situés dans de petites entreprises de type startups ou sur un statut d’entrepreneurs. Ces innovateurs passent par des plateformes de distribution de leurs applications.

Toutefois, il ne faut pas s’y tromper : nombre de développeurs ont du mal à monétiser leurs efforts. En effet, une grande majorité des applications est gratuite : neuf téléchargements sur 10 étaient libres en 2013, et sur les applications les plus utilisées dans le monde, 8 sur 10 sont gratuites. « Seules les meilleures 200-300 applications sont vues et téléchargées par un nombre substantiel d'utilisateurs ». « Plus de la moitié de tous les développeurs gagnent moins de 500 $ par mois et par application, et le sommet de 1,6 pour cent des développeurs gagnent plus que l'autre 98,4 pour cent combiné ».  

Une des solutions possibles est donc de diversifier les applications développées en proposant des solutions de masse mais également en développement sur des niches business. En effet, l’étude du BCG montre que les développeurs qui se positionnent sur le premier marché (masse) gagnent moitié moins que les développeurs d’application de niche car les consommateurs sont prêts à payer pour un service qu’ils ne trouveront pas ailleurs. Par ailleurs, le risque d’être copié est moindre.

La seconde option présentée par le BCG pour les développeurs est le marché des applications corporate : les entreprises sont en effet plus susceptibles de payer ces applications. Un exemple cité concerne les applications de productivité, lesquelles sont de plus en plus demandées par les entreprises. Outre le développement de ces applications, les entreprises seront prêtes à payer la maintenance et la mise à jour de ces applicatifs et cela permet de pérenniser le business des développeurs.

Nous ne sommes qu’à l’aube de la création d’emploi dans ce secteur : un nombre important n’existent pas et émergeront dans les années qui viennent. Ils exigeront un niveau élevé de compétences techniques et de créativité. Les gouvernements des pays concernés devront accompagner la naissance de ces nouveaux métiers par des programmes d’éducation et de formation toujours plus agiles dans un monde technologique qui évolue sur des cycles de plus en plus courts. En parallèle, les entreprises devront accompagner la montée en compétence de leurs collaborateurs par des programmes de formation leur permettant tout à la fois de garantir leur compétitivité et l’employabilité de leurs collaborateurs.

 

Les champs d’application sont étendus et les possibilités presque infinies

Cette connectivité peut s’entendre dans tous les pans de notre vie quotidienne : les services de santé, d’éducation, et le gouvernement, entre autres domaines.

Si l’on prend l’exemple de la santé, ces solutions mobiles pourraient permettre le traitement à distance des patients atteints de maladie chroniques, l’amélioration des diagnostics par un suivi quotidien. Il pourrait ainsi influencer le comportement même des malades. Le marché ciblé concerne 185 millions de patients en Europe et permettrait une économie estimée à  100 milliards € de coûts de soin.

Dans le domaine de l’éducation et de la formation : l’internet mobile par le biais des MOOC a permis la mondialisation de la formation, son accessibilité au plus grand nombre, à n’importe quel moment et en n’importe quel lieu.

Les applications mobiles existantes sont étendues à de nombreux autres domaines, tels que les jeux, la navigation, la forme physique, la consommation de médias, la communication et le commerce, pour n’en citer que quelques-uns.

 

En conclusion :

Le slogan « il y a une application pour tout » n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui et l’avenir de l’internet mobile est radieux.

La demande des consommateurs / clients en ce qui concerne les applications mobiles ne faiblit pas. Elle est actuellement plus orientée vers des contenus audio et vidéo, gourmands en réseau estimé à 1,1 millions téraoctets par mois (contre 187 000 téraoctets actuellement), d’où l’importance de la reprise des investissements sur les équipements d’infrastructures.

Si ce développement de l’internet mobile est une réalité, il reste encore des pans entiers qui doivent se développer comme la sécurité des données, le dimensionnement des infrastructures, etc.

Les applications ne sont que le premier pan du développement de cette économie : il y a fort à parier que les services associés seront rapidement entrainés dans cette croissance et connaitront un essor important. Ex de la sécurité : les rapports de logiciels malveillants mobiles ont augmenté de 167% au cours des 12 mois se terminant en Juin 2014, avec quelque 15 millions d'appareils mobiles infectés en 2014, contre 11,3 millions en 2013.  Toujours sur le plan de la sécurité, il sera nécessaire de garantir la protection des données personnelles et leur utilisation.

Et la France : les appareils mobiles Wiko (lancés en 2012) se vendent environ € 70 et représentent près de 7% des ventes en 2013. Wiko élargi son scope et s’est lancé sur le marché britannique en 2014.

L’internet mobile continue de se développer : après la télé connectée, l’internet des objets. Les possibilités sont nombreuses et les enjeux business et financiers sont à la hauteur des investissements entrepris par des sociétés telles de Google, Amazon, Axa, etc.

Sommes-nous à l’ère de la transformation de l’internet traditionnel en un internet ultra-mobile ?

 

>Source complète